LES POLICIERS SONT LOYAUX.

ENVERS DES VALEURS.

ENVERS LES CITOYENS.

Chers lecteurs, chers amis,

Le 3 novembre 2018, dans son 19:30, la TSR a diffusé un reportage intitulé « les inspecteurs de la PJ genevoise ne veulent plus de Pierre Maudet » et traitant d’un vote qualifié de « défiance » par les journalistes.

Ce documentaire était selon nous objectif et équilibré. Toutefois, il nous paraît utile d’apporter quelques précisions afin de restituer le contexte dans lequel ce vote s’est déroulé et d’éviter ainsi toute interprétation erronée, involontaire ou non, dès lors que plusieurs réactions à ce sujet sont tombées dans ce travers.

Le 17 septembre 2018, les inspecteurs de la Police Judiciaire ont été conviés à une assemblée générale extraordinaire du SPJ.

Pierre MAUDET n’était pas au centre des discussions, puisque plusieurs sujets importants ont été débattus lors de cette assemblée.

Il sied de rappeler qu’à ce moment-là, Pierre MAUDET avait publiquement admis sa faute et que son recours aux mensonges était établi. La police lui avait été « provisoirement » retirée par le Conseil d’Etat. La levée de son immunité n’avait pas encore été votée, et il n’avait pas été entendu en qualité de prévenu par le Ministère Public. La situation était donc aussi inédite qu’inquiétante pour des policiers traversant déjà une profonde crise.

À ce stade, il nous semblait donc important de sonder les inspecteurs et inspectrices de la Police Judiciaire que nous représentons et défendons, quant à leur perception de cette situation exceptionnelle et quant à leur positionnement ce, afin de pouvoir définir celui du SPJ à l’avenir. D’autant plus que des discussions étaient alors en cours entre les syndicats de police et le DS, notamment s’agissant de l’application du protocole d’accord signé en décembre 2017.

Il s’agissait d’une consultation interne

Deux questions ont donc été posées aux 101 inspecteurs présents.

Autorisez-vous vos délégués syndicaux à entamer des discussions avec le nouveau magistrat en charge de la police, notamment afin de parvenir à une application du protocole d’accord ?

Les policiers ont répondu OUI à une large majorité.

Pourrons-nous/devrons-nous accorder à nouveau notre confiance à Pierre MAUDET, et ce indépendamment des suites judiciaires ou politiques qui pourront être données à cette affaire, les mensonges étant d’ores et déjà avérés et admis ?

À l’unanimité, la réponse fut NON.

NON, parce que les policiers sont profondément attachés à des valeurs fortes et importantes qu’ils ne reconnaissent pas dans les actions et les comportements de Pierre MAUDET.

NON, parce que ces policiers n’imaginent plus un seul instant Pierre MAUDET rappeler aux nouveaux policiers le serment qu’ils ont prêtés, ou encore les principes de déontologie ou encore d’exemplarité.

Presque deux mois se sont écoulés entre ce vote – une consultation interne on le rappelle – et le 19:30 de la TSR. Pour la simple et bonne raison que le SPJ n’a précisément pas cherché à le médiatiser, et encore moins à l’instrumentaliser. Ce qui démontre que ce vote n’était pas un acte militant ou une démonstration de force. Il était encore moins insurrectionnel. Il s’est déroulé dans une atmosphère à la fois grave et digne, et dans le plus grand sérieux, qui caractérisent tous deux la Police Judiciaire. Il ne s’est nullement agi d’un défouloir ou d’un lynchage. Jamais il n’a été question de mesures, ni de refuser d’obéir à des ordres, pas plus que de choisir notre ministre de tutelle.

Ce vote nous l’assumons pleinement et le revendiquons. Il est une réalité qui ne doit pas être éludée, puisqu’il reflète avec sincérité la grande inquiétude des policiers face à une situation grave et hors normes.

Dans un souci de transparence, nous vous donnons à présent lecture, ci-dessous, des questions écrites qui nous ont été posées par la TSR, et des réponses que nous y avons apportées.

Nous conclurons ce post ainsi : dire de façon presque méprisante, en parlant de centaines de policiers qui, en pareilles circonstances, n’ont fait qu’exercer un droit associatif et syndical en exprimant une préoccupation tout à fait légitime « s’ils ne sont pas contents, ils n’ont qu’à chercher un autre employeur » équivaut à dire des citoyens, qui sont eux aussi nombreux à être inquiets – « s’ils ne sont pas contents, ils n’ont qu’à chercher un autre canton ».

Pareille arrogance n’est ni raisonnable, ni défendable en démocratie, pour au moins deux raisons : d’abord, l’expression syndicale doit être protégée dans le respect du partenariat social. Ceux qui tentent de la minimiser, de la ridiculiser ou encore de la dénaturer alors qu’ils sont élus de la République et présidents de partis, violent ce contrat social. Ensuite, il est essentiel de permettre aux doutes des électeurs et contribuables, tout comme des policiers dévoués à leurs missions, de s’exprimer, étant rappelé que la consultation dont il est ici question était à vocation interne.

Les hommes politiques qui tombent dans une telle attitude perdent une nouvelle fois une occasion d’honorer les institutions qu’ils disent servir. 

Questions de la TSR et réponses du SPJ

TSR : Confirmez-vous la tenue d’une assemblée du SPJ en lien avec l’ouverture d’une enquête pénale contre Pierre MAUDET?

SPJ : C’est exact. Cette assemblée générale extraordinaire a été organisée après les aveux publics de Pierre MAUDET qui ont choqué nombre de policiers. Au vu du caractère inédit de cette affaire, nous avons estimé qu’il était essentiel de connaître l’opinion de nos membres sur cette situation hors norme, et de savoir ce qu’ils attendaient du SPJ pour la suite.

TSR : Un vote de défiance a-t-il effectivement été adopté? Par une large majorité?

SPJ : La totalité des policiers présents (101) ont exprimé une rupture du lien de confiance irréversible à l’égard du Magistrat.

TSR : Fort de ce vote: que signifie concrètement « ne pas faire confiance » à Pierre MAUDET? Cela signifie que les relations de travail seraient entravées?

SPJ : La confiance des policiers envers Pierre MAUDET était déjà entamée en raison de sa gouvernance et de ses choix politiques qui ont hélas infligé des dégâts considérables à une institution au service de la population. Au moment du vote, Pierre MAUDET n’avait pas encore vu son immunité levée et il n’était pas encore mis en prévention. A travers ce vote, ces policiers ont exprimé la rupture du lien de confiance à l’égard d’un Ministre ayant recours à la stratégie du mensonge et de la manipulation, contraires à leurs valeurs. Les policiers ne souhaitaient plus être représentés par ce Magistrat et travailler sous ses ordres.

TSR : Est-ce que cela signifie qu’il y aurait des refus d’ordre? Quelles implications cela aurait sur l’activité de la PJ?

SPJ : Il n’a jamais été question de refuser des ordres. Cela serait contraire à l’éthique des policiers que nous représentons et qui restent profondément attachés à leurs missions. Le vote ne faisait que refléter la perte de confiance et surtout une très forte préoccupation au sein de la police.

TSR : « Il n’appartient pas aux employés d’un département de choisir leur Ministre », c’est la réponse toute faite qui pourrait vous être opposée. Que répondez-vous à cet argument?

SPJ : Nous n’avons jamais prétendu vouloir choisir notre ministre. Ce n’est ni notre rôle ni notre but. Mais il faut rappeler que la situation était et reste exceptionnelle. Il était donc important d’exprimer notre vive inquiétude pour que la classe politique puisse en tenir compte.

TSR : Le souhait du SPJ est-il de continuer à travailler avec Mauro POGGIA? Ou autre?

 SPJ : Le SPJ est résolu à travailler de façon constructive avec tout Magistrat qui respecte les valeurs de la République genevoise. Les premiers contacts avec Mauro POGGIA ont été autant positifs que cordiaux, et nous laissent espérer un apaisement des relations entre les associations du personnel et le magistrat de tutelle.